Rencontrez les artistes le samedi 21 février !
A très bientôt pour "S'empaysager" !
Touchées par ce lieu remarquable qu'est le musée de Sonneville - une ancienne orangerie assortie d'un prieuré et de son parc forestier préservé - nous vous proposons une exposition installative en duo ; C'est à Gradignan, près de Bordeaux, jusqu'au 1er mars.
Nous vous proposons un geste partagé, après la multitude de petits gestes qui font création et exposition sous votre regard, le geste : s'empaysager
Un geste qui s'interrogerait sur sa qualité d'attention, à soi et au monde.
Nos paysages sont tissés des gestes humains, juxtaposés et superposés depuis quelques millénaires, un mélange inextricable de naturel et d'artificiel au quotidien jusque dans les moindres mm2 d'espace qui nous entoure.
S'empaysager donc, pour entrer dans les gestes du paysage, et ressentir, et contempler, et espérer une qualité d'attention à ce qui fait le vivant et notre vital.
S'empaysager enfin, comme une conscience partagée du paysage, car il n’est ni environnement ni décor, mais un grand corps qui baigne le nôtre, son prolongement, son projet de vie. De tout cœur, nous vous souhaitons une joyeuse contemplation.
Chris Ropert // Dominique Jarty
Les plantes sont les vrais médiateurs : elles sont les premiers yeux qui se sont posés et ouverts sur le monde... Emanuele Coccia
J’avance sur le chemin. Les arbres sont immenses, leur feuillage est duveteux, léger, l’air y circule tranquillement jusqu’à moi, m’enveloppant d’un souffle bienfaisant. J’entends le crissement des feuilles sous mes pas ; je remarque la couleur très brune de la terre. J’inspire ses effluves d’ humus. Tout s’apaise. Le temps n’est plus le même. Je suis ailleurs.
S’empaysager, c’est se laisser traverser par la nature avec comme seule nécessité celle de ressentir le vivant - un vivant différent de la réalité dans laquelle nous évoluons - nous qui répondons quotidiennement à de multiples injonctions. C’est vivre physiquement le lieu, être étonné, emporté par les émotions que nous procure le végétal.
Faire l’expérience sensible du paysage, c’est aussi affirmer la beauté, la puissance du végétal. Sentir cet autre espace-temps, lui qui était là bien avant nous.
Ainsi le paysage n’est plus un décor, mais un partenaire. Gilles Clément dans le « Jardin en mouvement » nous rappelle que le vivant évolue sans cesse. Le paysage agit, nous sommes traversés par le monde autant qu’il nous traverse.
La création est le fil, le passage entre ces deux réalités. « Le paysage me hante, je le sens imprimer en moi la puissance de ses élans naturels, et j’assiste à son érosion quotidienne par les hommes s’acharnant à le dévitaliser » dit Chris Ropert. L’arpentant, ses œuvres s’y immiscent comme des fantômes. Un cheminement continu se tisse entre paysage et créations. Des liens intimes les unissent.
Dominique Jarty, porte quant à elle l’attention du jardinier, veillant à ce que la nature, la matière, nous apporte, c’est elle qui décidera du chemin à prendre. Le temps est à l’œuvre, il fait partie de nos processus de créations comme il est un élément incontournable dans la réalisation du jardin ou l’évolution d’un paysage.
Laisser le temps agir, c’est accepter que l’œuvre soit vivante.
Se posant la question de la futilité apparente de son travail de jardinière à Sissinghurst dans le Kent, en pleine seconde guerre mondiale, Vita Sackville-West s’interroge : Est-ce que ça a du sens de continuer à jardiner ? Elle choisit pourtant d’entrer dans le jardin pour le soigner, l’écouter. Elle fait ce pas de côté, quittant alors une réalité insoutenable, et pénètre dans un temps plus vaste que l’histoire. Il y a dans cette attitude une affirmation de la beauté, une affirmation de la puissance du vivant, dont nous avons intensément besoin.
Si les fleurs n’étaient que belles... Étienne Pivert de Senancour









